Hier

Il y avait des jours encore où l’œil retrouvait sur cette terre poncée et usée par la familiarité de tant de paumes les escarres et les cicatrices du feu
J. Gracq, Les terres du couchant

Ce demain
Que j’attendais
C’était hier

C’était
Ce n’est plus
Désormais, un souvenir
Ou une trace

Hier,
J’ai arpenté
Par le sable pressé
Et la lumière
Du couchant
Illimité
Hivernal

J’ai, marché,
Et remâché
Rôdé et hésité,

J’ai fais le tour
Rapide, d’un cœur
Qui change certes
Moins vite

Mais j’ai pris la fuite
À la perpendiculaire
Du sous-sol

Une double fuite alors

C’était hier
Un jour sans
Lendemain
Sans faim
Et décédé
Sous mes pas

J’étais hier
Ce qu’aujourd’hui
Je peine
À être

Hier, j’étais à l’ouest
Et jetais le temps
Dans l’ombre noire
Qu’on ne voit pas
Ce dos qui me suit

Quand même
Comme demain,
L’hiver

29 xii 2014-31 i 2015

Ce hideux tourment


« Nous ne nous tenons jamais au présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé, pour l’arrêter comme trop prompt : si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient ; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C’est que le présent, d’ordinaire, nous blesse. Nous le cachons à notre vue, parce qu’il nous afflige ; et s’il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver. Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l’avenir. Nous ne pensons presque point au présent ; et si nous y pensons, ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin : le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi, nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous le soyons jamais. »
B. Pascal, Pensées, 172 (éd. Brunschwig)

Archive – Razed To The Ground