« La foule immense où l’homme est un ami » (P. Éluard)


Requis par l’exigence de conclure un travail universitaire, une thèse, je suis un peu â côté, latéral. Je ne puis donc me totalement me fondre dans la houle que je vois se lever, cette foule immense, où l’homme n’est pas encore un ami comme l’espérait Éluard dans
La puissance de l’espoir, mais une foule qui construit patiemment sa fraternité, qui apprend à se connaître pour mieux s’embras(s)er Aussi ai-je l’impression, et la certitude au fond, de modestement incarner ce temps, si honni par le petit Nicolas et sa bande, d’authentiques terreurs assurément, d’incarner donc ce temps libre, ou mieux ce temps libéré pour la lecture et l’écriture, cette liberté du temps pour désécrire aussi, pour revenir sur ce qui a été écrit ou lu, pour marquer ce chemin comme étant, provisoirement peut-être, une impasse.
Bref, je me dis que je participe à ma façon, dans ma retraite, à la résistance con
tre cette eau glacée comme l’égoïsme de la normalisation libérale, cette rapacité qui n’entend que la performance et la croissance, cet autoritarisme de la vie triste de ceux qui veulent digérer le monde dans le fétichisme.
Hasta…

—————- New Order – Ultraviolence

cio è finito

Murmure

La mort de l’Autre : une double mort, car l’Autre est déjà la mort
et pèse sur moi comme l’obsession de la mort

M. Blanchot, L’écriture du désastre

Il y a une noix
Qui roule
Au fin fond
De mon sommeil

Un bruit sourd
Que je cherche
Et qui me dit
L’épaisseur de la nuit

Une cicatrice
Qui respire encore
Dans les replis
De mon oreille

Et toujours cette faïence
Qui s’étale sous la peau
Ce troublant silence
Cérame au bout des doigts

13-14 xi 2008

Silence

La communauté des aguets
(Silence, II)

Deux singuliers
Nous sommes
Un pluriel décomposé

Avions-nous en commun
La feinte passion ?
De tous ces liens

Mon regard est laid
Ta peau est muette
Mes gestes sont blets
Tes mains sans recès

Les mots se noient
Tout au fond des bois
Dans le déluge intime
L’étoile noire de ton mutisme

D’un coup résonne l’aveu
Qu’entre nous il pleut
Le sombre aveu que tu feules
À chacun de mes vœux

23-29 février 2008

*

Faim
(Silence, IX)

Sans recoins
Où mâcher la faiblesse
Voiler et peindre
La certitude

Incarcéré dans la peau
Le mutisme du grand Autre
Je compte les maux
Qui me restent

Je replie le néant
Dans la carence
J’essore l’humeur
Vitreuse de nos yeux

Je suis, je crois,
Arrivé au bout
De l’ennui
Tout au fond
De l’envie

Se creuse dans mon dos
La grande absence
La terre brûlée
Face au vent

En dessous du puits
Tout au fond
Du silence
De la lie

24-26 août 2008