Ébauche

La glace n’est pas votre élément
et vous brûlerez sous le regard ému de l’amour
M. Darrieusecq, Clèves

Peut-être faut-il quitter
Le corps de son ennemie ?

Passer derrière les choses
Courir dans l’ombre

Se dessaisir de la soie
Déchirer l’invention

Recueillir le trouble
Sans férir l’oubli

Continuer dans l’a-moitié
Prolonger l’aube

Demeurer, opiniâtre,
Le tain de l’autre

La division des lèvres
Le poisson de la lune

Répondre
Et crire, crier et croire

30-31 v 2014

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Ivy’s Tale


Pour K. B.

J’ai le violent désir

D’une flamme ondoyante

Comme un laurier désinvolte

Brun, glace et soyeux

Que mord la lumière

De ces yeux perpétuels

Que tisse la loi

La peau fraiche

Comme la lumière cendrée

De la lune, les joues

Débordent

J’ai le violent désir

D’éflorer la surprenante rigueur

L’origine du mouvement

Le pli céleste de la faim

Et de l’amour, évanouis

Au lieu endolori…

19-22 viii 2008

Sévère

 

De son front

Je veux effacer

La marque

Du souci

De ma main

Je veux scinder

L’horizon vertical

La hauteur de l’opale

Poursuivre la trace

De l’encolure

À la gésine

Écarter les pans

De l’âtre, p(o)ur

Contempler l’angoisse

Qui me tient en vie

Goûter

Avec les dents

Le lai qui effuse

Dans le repos

De ce regard

D’eau pâle

Qui m’astreint

Je veux soustraire

La douleur qui perce

Atténuer le creux des joues

Je veux en manger

La paix et la patience

Le mal et le miel

13-19 i 2012

Éclipse

Terrible silence
Dans le luisant
De la nuit profonde
Froide terreur
De ténèbres familières
Lumières glacées
Oranges blafardes
Serpentins lumineux
Sur les hauteurs
Manteau de soir
Sous mes doigts
La soie fébrile
Sépulcre hivernal
Guirlande infinie
D’yeux rouges
Comme une vague immense,
Un mascaret silencieux
Les points d’une douleur
Incolore comme la nuit
Qui se mange
Comme une parole
Muette
2-11 janvier 2010

divagation

Je pense en morse, comme un iceberg, flottant dans les mers irréelles d’iroise grandeur.
Je suis sec ou trop humide peut-être pour décoller mes yeux des paupières de la brise qui m’assiège.
Je cligne des mains et de la tête, comme un phasme sans lumière.
Je mange tout ce que je peux pour m’évider.
Je transite, la bouche aveugle, les yeux muets, la main fausse.
Je suis une écriture automatique.
J’essuie.

Quand


Quand je tourne
Au coin de la bouche
J’entends à nouveau
La caresse
La chute des seins
Le creux qui vient
Nu comme l’épaule
Le pli de l’amende
La voix du sang
Perpendiculaire
Avide du souffle
Chaud des paupières
Dont bruit le fard
Je dévore ses lèvres
Quand je pose les mains
Tout autour de tes yeux
J’ai oublié
Debout, je rêve
Sous la pluie horizontale
De grands regards
Où je m’évade et me tais
8-10 x 2009

Dispersion

Fields of fire that passed the train
The sky is victorious but here comes the rain
Friday is taking me home again,
And I’ve nothing but you on my mind.

Faithless, Crazy English Summer

Le crépuscule est jaune
La terre a dissous
La lumière, rougeoie
Dans les hauts murs
Qui me suivent

Reste le vent
Le grand souffle
De mes nuages
Transparents

La nuit est grise
Et m’enveloppe
De son bruit

Elle me disperse
Me jette aux quatre
Roses du vent

Du marbre au sable
Je suis passé
Du sang à la sécheresse

À la petite éternité
D’une peau épuisée
Rongée par ses ombres

Jaune est la nuit,
Gris le crépuscule
Et court entre eux
Le sang vermeil
Et sinueux

31 viii-1 ix 2009

Faithless – Evergreen

Eau

J’entends la mer
Dans une ville
Qui ne me connait pas

Je vois les vagues
Lentement submerger
L’iris froid

Je sens mes doigts
Rugueux, battre
La morsure d’un cœur

J’imagine l’abstrait
Mouvement d’un corps
Qui ondoie

Je goute le clapotis
Ductile d’une peau
Au grain qui m’echappe

J’hume le coquillage
Sable et sel
Des lèvres peintes

J’ouie le soleil
Qui se dilue
Sous mes pas

Dans la prune
Du crépuscule

30 VIII 2009