“Une expression possible de ce qui me hante”

Un récit troublant : le premier chapitre fait songer à La leçon de choses de Claude Simon, un livre passionnant, qui fait réfléchir et fait voir le réel autrement. Son étrangeté est plus familière qu’inquiétante. On rit aussi parfois. Un livre énigmatique à lire et à relire, à lire pour le relire en somme.

olivia rosenthal, mecanismes de survie en milieu hostile (paris, Verticales, 2014

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Courses

Le mieux serait de jouer avec le corps du chasseur et la direction de son regard. De le coller comme son ombre.
O. Rosenthal, Mécanismes de survie en milieu hostile

Marcher au fond de l’eau
Se réfugier à l’intérieur
Du monde vitreux
Et calme

Au milieu des armoires
Transparentes et pleines
De subsistances

Se retrancher
Dans les anfractuosités
Serrer contre soi

Les fugitives promesses
Des nourritures terrestres
Étranges anamnèses

Déambuler
De l’eau
Plein les oreilles
Ailleurs et dedans

Sertir les regards, fuyants
Inquisitions portatives
Qui scrutent

L’eau intérieure, pensé-je
Fendre le doute, hésiter,
Marquer ses pas
Allées et venues

Indécis probablement
Oublieux assurément
Élargir le temps

Car soudain, demain existe
Un autre soir, une même vie
Et toujours ce désir de l’âtre

Cet étang plein de poissons
Qui n’apaise pas – ich weiß,
Mon angoisse

Mais me tient
Au fond de l’eau
Et parfois me rejette
Sur la grève

Tel un vieux poison

28-29 xi 2014

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Tourment

Comment aller dehors ? Et pourquoi suis-je détenue en moi ? L. Irigaray

Qu’est ce que j’ai fait ?
Pour que cela me blesse
Do you remember the daze ?

Elle était reine
Elle était folle
When we started to crossfade

Chiffon de cailloux
Pelote de lait
Into each other

Un visage magnétique
Une pleine nudité
Qui soudain se déverse

14-22 xi 2014

Foulard

Cette chaleur
Et soudain ce désordre
Le pied
Qui n’est plus tenu

La liberté de son cou
Le pas qui claque

Une annonce
Indéfinissable
Une promesse
Toujours différée

Mais une plénitude
Étrange et sereine
Une fatigue de soie
Qui se plisse lentement

Le froid semant
Le sel sur les lèvres
Le coquillage
Et l’absence

21-22 xi 2014

Le plus fin

Il y a le pli
Douloureux
Ou glisse la main
Entière et froide

Alentour
La prose tenue
Des nuits ordinaires

Les pinceaux de guitare
Qui me baignent
Dans l’eau du soleil

Puis viennent les questions
Avec les larmes du sommeil
Les cailloux dans la tête

L’absence a ma droite
Ou jamais ne dors
L’épreuve des contours

L’actualité d’une puissance
Les plaies qui scintillent
Et cette peau, la mienne

Qui me brûle
Et se reptile

Il y a le pli
Ductile

12 xi 2014

Position

Sur les lèvres
Un cercle
Sous les doigts
Un cri

Une onde
Turbulente
Allonge
Son pas

Sur le sable
Les cils
Ou la mémoire

Derrière le ciel
Impénétrable
Qui nous renvoie
Aux draps de novembre

Devant la faiblesse
Qui soudain s’étale
S’inspire et se vexe

A côté de ces pleurs
De métal et de lumière
Disséminés
Le long du temps

Peut-être voit-on
Ces jours turquoises
L’hyper-lendemain

Et la faim
Toujours
La faim
Elle revînt

5 xi 2014

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Vitrine

Cette pointe noire
Qui ne te regarde pas
Cette pointe de ton regard

Cachée sous le visage
Blafard qui te toise
En dehors du temps

Que naguère tu sentais
A l’extrême de ton souffle
Sur la peau iroise

Cet amour de ta main
La fleur du sel
Dans le sillon

Elle ne montre rien
C’est toi qui regarde
Brûler la glace

« Quand je sens la peur
Perdre ton sourire »
Alexis HK, Le dernier présent

1-4 xi 2014