Eau

J’entends la mer
Dans une ville
Qui ne me connait pas

Je vois les vagues
Lentement submerger
L’iris froid

Je sens mes doigts
Rugueux, battre
La morsure d’un cœur

J’imagine l’abstrait
Mouvement d’un corps
Qui ondoie

Je goute le clapotis
Ductile d’une peau
Au grain qui m’echappe

J’hume le coquillage
Sable et sel
Des lèvres peintes

J’ouie le soleil
Qui se dilue
Sous mes pas

Dans la prune
Du crépuscule

30 VIII 2009

Ce hideux tourment


« Nous ne nous tenons jamais au présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours ; ou nous rappelons le passé, pour l’arrêter comme trop prompt : si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient ; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste. C’est que le présent, d’ordinaire, nous blesse. Nous le cachons à notre vue, parce qu’il nous afflige ; et s’il nous est agréable, nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l’avenir, et pensons à disposer les choses qui ne sont pas en notre puissance, pour un temps où nous n’avons aucune assurance d’arriver. Que chacun examine ses pensées, il les trouvera toutes occupées au passé et à l’avenir. Nous ne pensons presque point au présent ; et si nous y pensons, ce n’est que pour en prendre la lumière pour disposer de l’avenir. Le présent n’est jamais notre fin : le passé et le présent sont nos moyens ; le seul avenir est notre fin. Ainsi, nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre ; et nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous le soyons jamais. »
B. Pascal, Pensées, 172 (éd. Brunschwig)

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