Terre

Je suis la terre
Qui remonte
Sur les seins

Le reflux de la peau
L’inexorable falaise
Qui s’affaisse

Je suis la craie
Du désir sec
Mécanique et froid

Je cueille la nuit
Comme l’ivresse
De mon sommeil

Je note les rides
La grêle et la mort
Noires qui m’assaillent

Je fuis l’ombre
Portée du creux
De mon poids

L’encre blanche
Des lèvres invisibles
Et des paupières de sable

Suis-je une lame
Qui ne veut pas donner
Ce qu’elle n’a pas ?

Je suis la terre
Qui m’obèse
Et m’enserre

Il y a

Pour A. B. die es nicht weiß

Qui de nous deux inventa l’autre ?
P. Éluard, Au défaut du silence

L’ourlet du regard
La blancheur fine
De la lèvre qui scintille

La fuite éperdue
De mes doigts sur les cils
Invisibles de la peau

La douleur
De la menthe froide
Sur les joues pourpres

La faim
De votre voix
Sur mon sein

Et l’abandon
De votre absence
Entre mes mains

22-23 octobre 2008


Scissor Sisters
It Can’t Come Quickly Enough

le corps du délit

Étonnante, cette mémoire du corps, ce miroir vivant de ce que je suis toujours en train d’être. Deux conversations récentes et une ire sépulcrale m’ont soudainement ramené à la matérialité de mon être-devenir. Le corps exprime en son ordre et parfois avec un peu de décalage, la plainte professée dans l’oubli de l’air sur un ton de grand seigneur, vitupérant une méchanceté que je voulais infinie. Il me tord, me contracte et me plisse, comme un nœud qui se noue et se renoue encore. Les seuls mots que l’on trouve pour dire le mal sont ceux, de la langue maternelle, l’arkhè qui nous sédimente et nous organise du fuscum subnigrum de notre temps et de notre chair. C’est la même chose que le corps enfantin qui, en passe de redresser sa posture, pour atteindre la bipédie, « régresse » sous le coup de l’affection ou de la maladie. Comme si, tout à coup, le corps s’intensifie, s’ontologise pour se réassurer de son intégralité fissurée, se contracte sur une brèche et ploie de toute sa gravité.
Soudain, je réalise que mon corps a une histoire, un mouvement et un savoir. Qu’il est une promesse de désespoir

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