brassard éponyme



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sensible

Le sensible, ce ne sont pas seulement les choses, c’est aussi tout ce qui s’y dessine, même en creux, tout ce qui y laisse sa trace, tout ce qui y figure, même à titre d’écart et comme une certaine absence.

Merleau-Ponty, Signes.
Paris : Gallimard, 1960, p. 217.

Nuage

Sur son visage en pleurs
Je vois se finir la terre
J.–L. Murat, Démariés (Taormina)

Ma main flotte
Au-dessus de l’océan
Moite d’un désir rare

Elle est lourde
Comme un nuage
Affaibli de son exil

C’est elle qui porte
Le poids du regard
La mousse, le sel
Et sang noir

Car je suis les larmes
La démence électrique
La mantille réglisse
Du néant qui s’efface

Le temps nu
Qui me noie
Au firmament
De l’aréole triste

Je ne suis
Qu’un fil
Qui me pique

4-6 fév. 2009

« La foule immense où l’homme est un ami » (P. Éluard)


Requis par l’exigence de conclure un travail universitaire, une thèse, je suis un peu â côté, latéral. Je ne puis donc me totalement me fondre dans la houle que je vois se lever, cette foule immense, où l’homme n’est pas encore un ami comme l’espérait Éluard dans
La puissance de l’espoir, mais une foule qui construit patiemment sa fraternité, qui apprend à se connaître pour mieux s’embras(s)er Aussi ai-je l’impression, et la certitude au fond, de modestement incarner ce temps, si honni par le petit Nicolas et sa bande, d’authentiques terreurs assurément, d’incarner donc ce temps libre, ou mieux ce temps libéré pour la lecture et l’écriture, cette liberté du temps pour désécrire aussi, pour revenir sur ce qui a été écrit ou lu, pour marquer ce chemin comme étant, provisoirement peut-être, une impasse.
Bref, je me dis que je participe à ma façon, dans ma retraite, à la résistance con
tre cette eau glacée comme l’égoïsme de la normalisation libérale, cette rapacité qui n’entend que la performance et la croissance, cet autoritarisme de la vie triste de ceux qui veulent digérer le monde dans le fétichisme.
Hasta…

—————- New Order – Ultraviolence

S|C-oma

Rester éveillé la nuit ne signifie rien moins que vigilance,
c’est une reptation sur place, visqueuse et usante
E. Bloch,
Traces, « Dormir »

Désemparé, ouvert
Au silence tenu
De la nuit fraîche
Où flotte quelque sombre fleur
De la neige sans flocon

Désemparé de l’eau claire
Et de la lumière un peu vieille
J’entends que s’apure
Ma peau dans la chaleur étroite
Cette veine de sang chaud
Et sec qui serpente

Resté sur la grève
Mon dos s’endurcit
Et se heurte au sillon
Qui me tient

Au néant vulnérable
J’ai un dos qui
M’encombre
Et me plonge
Dans la peine
L’ombre de l’eau

Que je me plie
Et me fonde
Dans l’aplomb
Vertical de mon sillon

Que je me scelle
Dans le sommeil

30 i-2 ii 2009